L'Etang du Devin

Newsletter

Pour connaître les nouveaux séjours et toutes les offres de L’Étang du Devin, abonnez-vous à notre Newsletter!
captcha 

Les Hôteliers Randonneurs

  • Les Hôteliers Randonneurs
    Les Hôteliers Randonneurs L'établissement l'Etang du Devin est partenaire des Hoteliers Randonneurs Séjour de Randonnée, Vélo et Raquettes Dans les montagnes de France : Alpes, Vosges ou Auvergne Formules tout compris de randonnée…

Assurance annulation séjour

Un empechement serieux peut survenir, souscrivez l’assurance annulation

Conditions générales et bulletin d'adhésion cliquez-ici.

La fée du Devin (3ème partie)

Une nouvelle de Gérard Stell, découvrez son blog en cliquant ici

Ce qu’on nomme le cafard n’est souvent qu’une éclipse de nos illusions et un éclair de notre lucidité.  Alfred Capus.  

   Le jardin secret

Ida la Généreuse leva les yeux au ciel et secoua les épaules. Une pluie de paillettes argentées s’en détacha pour recouvrir le sol d’un miroir.

Jeremy le grand Duc contractait et décontractait ses serres qui laissaient des sillons gravés dans l’écorce de la branche qui le supportait. Jeremy bouillait d’impatience.

- Dis, tu vas me laisser mariner longtemps ? Tu veux que je te supplie, peut-être ? Raconte, maintenant.

- J’y viens, vieux bougon. Commençons par le commencement, si tu le veux bien, et évite de m’interrompre. Je peux dire que Nestor m’attendait de pied ferme, il savait déjà ! C’est certainement Ragoteuse, cette effrontée de pie qui l’avait informé. J’ai fait l’innocente, ce qui l’a encore plus énervé. Je lui ai tout raconté et demandé humblement son indulgence.

- Ah, et alors ?

- Eh bien, il a explosé ! Que de mémoire de Grand Esprit on n’avait jamais vu ça, que c’était un scandale, et que le fond du Lac Noir ne serait jamais assez profond pour la fautive…

- Bien, excellent, jusque là tout a marché selon notre plan. La suite, s’il te plaît, si tu savais combien je me régale !

Jeremy le Grand Duc se dandina de plaisir. Il se préparait à savourer ce qui allait suivre.

A cet instant, arriva dans un grand froufroutement d’ailes, un curieux rapace, un mélange surprenant de chouette et de hulotte. L’arrivant se posa à coté de Jeremy.

- Salut Helmut, tu arrives au bon moment, vas-y Ida, raconte.

- J’ai supplié Nestor, j’ai pleuré des larmes si sincères, comme je sais si bien le faire, et là, j’ai senti qu’il faiblissait. Je me suis tue et lui ai laissé l’initiative. Vous savez combien il est têtu, il ne faut surtout pas lui forcer la main. Il s’est raclé la gorge plusieurs fois, et a fini par dire :

- Elle a bien de la chance de t’avoir la petite fée aux grands yeux verts… Bon, je vais la punir, c’est obligé, c’est notre loi qu’il faut respecter… Elle sera affectée à la surveillance du château du Haut Koenigsbourg. Elle logera dans le donjon, dans la salle d’armes. Une année complète. J’ai dit. Tu es satisfaite ?

- Et alors, demanda Helmut, déjà secoué de rires contenus.

- Alors ? J’ai fait la tête, je n’ai rien dit. J’ai croisé les bras, j’ai boudé…

- Bon, on a compris, c’est notre plan, ensuite ?

Il a élevé la voix. On a dû l’entendre jusqu’à Kaysersberg, il était vraiment en colère.

- Que te faut-il de plus, tonna-t-il, je suis indulgent avec ta protégée et tu ne me sembles pas contente ! Mais que veux-tu à la fin, tu m’indisposes terriblement !

- Je l’ai alors regardé dans les yeux et je lui ai dit : non, pas si loin, et encore moins le château du Haut Koenigsbourg ! Je propose qu’elle aille faire un petit stage autour du Lac de Gérardmer, ça lui changera les idées, et elle apprendra beaucoup de chose. Ah oui, non pas un an, mais six mois…

- Continue, plus vite Ida, je sens que je vais m’étouffer de rire, toi aussi, Helmut, vieux brigand, non ?

- Tu parles, je me trémousse d’avance…

- Bien, messieurs, merci de me laisser continuer. Je peux vous dire que le brave Nestor a hurlé. Il était enveloppé dans un épais nuage blanc, et c’est là, que j’ai choisi de sortir la botte secrète. Merci encore Helmut, sans toi…

Ida la Généreuse se recueillit un instant, appréciant chaque mot qu’elle allait dire.

- J’ai haussé le ton, oh, juste un peu. Je l’ai fixé et lui ai dit : dis donc Nestor, je me suis laissée conter qu’en 1915 tu avais fait les yeux doux à une certaine Ingrid…

- Quoi ! Qu’est-ce que tu me racontes comme fariboles !

- Ne t’énerve pas, tu vas voir que ta mémoire va revenir. Tu te souviens de Ingrid, cette infirmière dans l’hôpital de campagne des chasseurs alpins bavarois… On m’a laissé entendre qu’elle n’aurait pas été insensible à ton charme…

- Tu le lui as dit ! J’aurais bien voulu voir sa tête !

- C’est simple. Il est resté silencieux, il n’y avait plus une seule trace de vapeur d’haleine. On aurait cru qu’il était tombé en pleine hibernation. J’ai même eu peur que son cœur se soit arrêté… Et là, d’une toute petite voix mouillée, il m’a demandé :

- Qui connaît cette histoire ? Tu sais, j’étais bien jeune à l’époque…

- Il n’y a que toi et moi, et un témoin digne de foi, qui est allé s’installer en Forêt Noire. Personne d’autre, c’est certain.

- Tu me jures que ni Hector, ni Victor ne seront au courant de cette histoire ?

- Nestor, je t’aime et te respecte trop pour répandre ce qui ressemble à des calomnies à ton égard. Je t’assure que j’ai du mal à y croire moi-même. Pas toi, pas un Grand Esprit de la forêt !

- Ah, ma fidèle Ida, Ida la Généreuse, tu n’as pas volé ton nom… Mais revenons à nos moutons. Bien entendu, je n’ai jamais voulu être dur avec la petite fée aux grands yeux verts, et ton idée de Gérardmer est excellente, j’aurais dû y penser. L’incident est clos, mais… n’oublie pas qu’une fée ne doit jamais apparaître à un simple humain. Si cela se reproduisait…

Helmut essuya une larme, il avait toujours été très fleur bleue. Jeremy le Grand Duc, se rengorgeait et gonflait ses plumes. Il avait pensé à Helmut en puisant au fond de sa mémoire.

Les deux rapaces s’étaient observés, un jour, il y a longtemps, et lorgnaient un mulot bien gras. Vu la taille imposante de Jeremy, Helmut lui dit respectueusement, avec un léger accent :

- Je vous en prie, vous êtes ici chez vous.

Sensible à cette politesse aux inflexions germaniques, Jeremy consentit à partager la proie. Il en profita pour questionner l’inconnu. De là naquit une solide amitié.

Helmut était l’arrière petit-fils d’un rapace élevé par un Gefreiter bavarois, oiseleur dans le civil. Le soldat avait passé quatre années dans les environs de l’étang du Devin. Il avait, un jour de printemps, ramassé deux oisillons, tombés de nids différents. D’abord, une boule de duvet blanc, une petite hulotte, et quelques instants plus tard, une autre boule de plumes duveteuses, un petit hibou. Elevés ensemble, les deux rapaces se sont plus. De leurs amours naquit une lignée d’apparence curieuse.

Lorsque Helmut rencontra Jeremy, il lui conta ses origines. Plus tard, lorsqu’ils furent de grands amis, Helmut confia ce qu’il tenait de son arrière grand-père.

- Oui, Victor est apparu à Ingrid, l’infirmière, dans le bloc de triage des blessés, à coté de l’étang du Devin. Et pour faire son intéressant, il aurait fait valoir qu’il serait bientôt intronisé Grand Esprit du Devin.

- Et alors, elle se finit comment cette histoire ?

- On n’a jamais bien su. Un jour, Ingrid a disparu, sans laisser de trace. On a pensé que c’était un coup de main d’une patrouille de diables bleus, les chasseurs alpins français. En réalité, on ne sait pas.

- Et maintenant, que vas-tu faire, demanda Jeremy le Grand Duc, à Ida la Généreuse.

- Je vais m’occuper de la petite fée aux grands yeux verts, et, bien sûr, il faut que je pense au marcheur.

-.-.-.-.-

Le marcheur était arrivé au bord de l’étang du Devin, brillant de mille feux sous un soleil déjà incliné. Les droseras, en particulier, faisaient scintiller leurs feuilles qui faisaient penser à des tentacules. Les insectes trop curieux ou ignorants se laissaient engluer par les petites feuilles en rosette. Un immense calme prenait la forêt et l’étang en son sein. La quiétude était telle qu’on aurait voulu arrêter les pendules, et vivre cet instant pendant au moins une éternité.

Le marcheur ferma les yeux, il se noya lentement dans le placenta de la vie, libéré de tant de contraintes, de tant de solitude.

Adossé contre le tronc d’arbre, il attendait l’apparition de la petite fée. Des doutes l’assaillaient cependant. N’aurait-il pas été victime d’une illusion, otage de cet endroit et de cette atmosphère hors du commun ? Est-ce que son inconscient n’aurait pas créé de toute pièce, un monde idéal, dans lequel il rencontrerait ses rêves les plus fous ?

Il fallait être patient, il le savait. Il n’avait rien à exiger ou souhaiter, non, il était convaincu qu’il allait recevoir, que la vie apparente ou invisible allait lui offrir un cadeau merveilleux.

Lorsqu’il se réveilla, la nuit s’était avancée à pas de loup. Des fluorescences mobiles couvraient la surface de l’étang dans tous les sens, avec des arrêts brusques, des retours et des accélérations dans le désordre.

-.-.-.-.-

Ida la Généreuse observa le marcheur. Elle le regardait et l’analysait. Non, elle ne pouvait pas se tromper. Cet homme était sincère, d’une sincérité émouvante, presque puérile.

Elle se devait d’aider et favoriser la passion entre la petite fée aux grands yeux verts et le marcheur. Elle tendit les mains vers le jeune homme qui sentit ses paupières s’alourdir de sommeil.

Elle scruta le noir intense qui envahissait de plus en plus la forêt et formula une demande qui ne souffrait aucun délai.

Deux petites choses apparurent, deux lutins à l’allure enjouée. Ils étaient frères, Clopin et Clopan, faciles à différencier, malgré leur grande ressemblance. Clopin sautillait avec sa jambe gauche, et Clopan faisait de même avec sa jambe droite. C’était un spectacle curieux de les voir marcher côte à côte, au pas. Le Grand Esprit du Devin les avaient mis à la disposition de la mère de toutes les fées, pour exécuter toutes les tâches demandées.

- Vous voyez l’extrémité de l’étang, dans l’ombre bleue, oui, celle où vous allez faire vos sottises, en croyant ne pas être vus. Vous y allez, et vous allez faire ce que je vous dis. Ne perdez pas de temps.

Elle donna ses instructions, les tapota sur la joue et regarda encore une fois le marcheur.

Le marcheur ouvrit les yeux, surpris d’avoir cédé au sommeil. Il était maintenant seul dans la nuit, pas réellement inquiet, mais un peu oppressé parle silence. La petite fée ne lui était pas apparue. Que devait-il en déduire ? Qu’il avait été ébloui par le fruit de son imagination ? Non, je sais, je sais que je l’ai vue, je sais qu’elle m’a parlé, je sais que ses grands yeux verts débordaient d’amour. Je ne dois pas me montrer si impatient, je dois mériter son apparition.

Son regard fut attiré à cet instant par une lueur chaude, tout au bout de l’étang noir, dont seuls quelques reflets d’étoiles révélaient la présence.

La lueur s’amplifiait puis se résorbait, au même rythme qu’une respiration paisible. Le marcheur ressentit un appel au plus profond de lui, l’enjoignant à se lever et à se diriger vers ce souffle séducteur. Il longea l’étang par la gauche, en se déplaçant sans la moindre difficulté, entre les troncs des grands arbres endormis.

Le marcheur découvrit enfin un espace dégagé, dont le sol vibrait de cette étrange lumière. Il y posa un pied, puis avança l’autre. Quel endroit paisible, s’émerveilla-t-il, c’est comme si j’étais pris dans une onde tiède, une onde de sérénité.

Il y avait un banc adossé à un grand sureau, aux inflorescences chargées de fruits, un parterre de lupins multicolores, quelques bouquets d’œillets, un peu déplacés à cette altitude, ainsi que quelques rares épervières aux fleurs jaunes.

Le marcheur s’assit sur le banc et se perdit dans la contemplation d’un ciel grevé d’une quantité incroyable d’étoiles. Il se sentait bien, soulagé et déjà heureux. Il devinait une présence bienveillante, faite de bonté et de chaleur. Il referma les yeux et pénétra un rêve fait de lumières et de couleurs.

-.-.-.-.-

Ida la Généreuse sourit en contemplant le visage apaisé du marcheur. La petite fée aux grands yeux verts pourra apparaître au marcheur, sans contrevenir aux ordres de Nestor.

Le jardin magique, préparé par Clopin et Clopan, sur les instructions de la mère de toutes les fées, s’inscrivait hors du temps, dans un espace où seuls ceux qui s’aiment peuvent se voir ;

Nos partenaires

  • Les Hôteliers Randonneurs
    Les Hôteliers Randonneurs L'établissement l'Etang du Devin est partenaire des Hoteliers Randonneurs Séjour de Randonnée, Vélo et Raquettes Dans les montagnes de France : Alpes, Vosges ou Auvergne…
Découvrez tous les Plus de l'Etang du Devin

Suivez-nous sur icon-comment-fb