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La fée du Devin (1ère partie)

Une nouvelle de Gérard Stell, découvrez son blog en cliquant ici

 

L’amour est comme le vent, nous ne savons pas d’où il vient. Honoré de Balzac

La Fée du Devin

 

Les étoiles qui avaient percé toute la nuit de leur froide lumière perdirent peu à peu de leur superbe.Là-bas, la vallée d’Alsace restait enfouie sous une couverture cotonneuse, encore assoupie, encore chargée de ce sommeil lourd qui précède le réveil.

Plus loin, barrant l’horizon, les sommets sombres de la Forêt Noire commençaient à ciseler un ciel virant sur le pourpre.. Le soleil allait rester en embuscade encore quelques minutes.

Ce jour en devenir, ne serait pas un jour comme les autres. Ce jour allait être complice d’un grand mystère.

Le marcheur aborda le chemin du Devin, juste à côté du cimetière du Bonhomme.

Des langues de brume léchaient l’herbe courte des pâturages où des vaches couchées sur le flanc ruminaient. Leurs grands yeux luisants suivirent le marcheur jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière un bouquet de sureaux.

Des odeurs fortes montaient du sol, comme une haleine végétale, de résine, de verdure et de compost de feuillages. De temps à autres, des effluves de champignons venaient dominer ce concert de senteurs.

Le marcheur avançait d’un pas maîtrisé, en accord avec sa respiration, ni trop vite, ni trop lentement. Il arriva à une première intersection, n’hésita pas et continua sa montée.

Le soleil se hissait au-dessus des sommets allemands pour, bientôt, éclairer les Vosges d’Alsace.

Un renard traversa le chemin, escalada le talus, puis s’arrêta dans sa course pour observer le marcheur. Sans doute ne flaira-t-il aucun danger, car il continua sa quête matinale de nourriture, à petites foulées.

Arrivé au sommet du chemin, l’homme aperçut sur sa droite un bâtiment trapu dont les vitres commençaient à s’enflammer par un soleil enfin libéré de la montagne. Il n’y avait pas encore de trace d’activité humaine à cette heure. Qui dormait là ?

Le chemin, bien large, descendait en pente douce, encadré par un tapis de fougères et des fûts immenses d’épicéas transformés en cathédrale végétale.

Au fur et à mesure qu’il avançait, le contour si net du chemin et des arbres s’atténua. Le bruit de ses pas dans les graviers s’estompa, accompagné par les gouttes condensées de brume et de rosée qui tombaient comme une pluie de printemps.

Il arriva à la hauteur d’un portique en pierres taillées, toutes noires de mousse et de vieillesse, qui donnait accès à un enclos sombre et humide.

Il gravit quelques marches et vit une photo d’un autre âge sur un pilier, dressé là comme un gardien. Tout un groupe de soldats, des chasseurs alpins d’un régiment de bavarois, se tenaient massés pour entendre un aumônier, debout, à l’extrémité du cimetière.

Le marcheur savait que cette montagne avait connu de durs combats, pendant plus de quatre ans. Il frissonna, fut pris d’un vertige et, s’appuya contre la pierre froide du pilier avec la photo.

Il se sentit pressé dans une foule, crut entendre les voix rauques, puissantes et douces à la fois, entonner un chant religieux qu’il lui sembla reconnaître. La vision et les sons ne durèrent que le temps d’une fraction de seconde, le temps de fermer les yeux et de respirer.

Le chemin et ses abords retrouvèrent leur netteté, le ciel s’éclaircit et un rayon de soleil s’insinua entre des nuages d’un blanc lumineux. Ce qui avait servi d’autel à l’aumônier au fond du cimetière s’illumina au passage du doigt doré de lumière. De lugubre, cet endroit lourd d’histoire, se convertit en champ de repos.

Le marcheur ne pensa plus à son malaise car il voyait en bas du chemin le but qu’il s’était fixé.

L’étang du Devin, enchâssé dans un immense écrin vert sombre, se dévoilait lentement au regard. Les traînées de brume chauffées par un soleil encore jeune, se dissolvaient à regret en s’accrochant à des reines des prés ou des bouquets de potentilles.

Le marcheur jeta un regard rapide à une grande construction aux ouvertures béantes. Ce blockhaus avait servi d’infirmerie de campagne. Son béton noir restait silencieux aujourd’hui, les cris de souffrance s’étaient tus depuis longtemps.

Il soupira et se demanda comment tant de misère humaine avait pu trouver sa place dans un endroit si calme, si enchanteur.

Il posa son sac et s’assit sur un tronc couché, à droite de l’étang, en cours de transformation. La nature oeuvrait depuis des décennies à la création d’une tourbière. Elle s’offrait à son regard, si paisible, si vivante à la fois. Un décor pour le concerto pour clarinette de Mozart.

Il déballa son matériel de preneur de son amateur. Il venait espionner l’étang, il venait en saisir le souffle de vie, il venait écouter ce que personne ne savait entendre. Il savait, il en était certain, qu’avec de la patience, il allait rencontrer un mystère.

Après un temps sans bouger, il avala un sandwich en le mâchant lentement, les yeux perdus dans la perspective de la tourbière.

Encouragée par son immobilité, une musaraigne trottina dans l’herbe, se faufila entre les deux chaussures, et s’approcha de la berge, vers un massif d’airelles du marais.

Il reconnut les myrtilles dans la zone d’ombre, la prêle, et plus loin, vers le restant d’eau visible, la canneberge. Des droseras essayaient de se faire un lit dans les épais coussins de sphaignes. Une multitude d’insectes commençait à bruisser, à établir un bruit de fond. Aussi majestueuses que graciles, des libellules au corps bleu cobalt entamaient un fantastique ballet nuptial.

Le marcheur régla sa sonde de prise de son et son magnétophone, puis il s’appuya contre le tronc, les mains derrière la tête, avec un sourire béat de satisfaction sur les lèvres.

Il était déjà venu ici, par hasard, croyait-il, mais en fait, il n’en était plus certain. Ne disait-il pas que le hasard n’existait pas ?

Le soleil, maintenant à la verticale, écrasait de sa chaleur le monde si vivant de l’étang. Un faucon hobereau rompit cette sérénité à plusieurs reprises, en fondant sur les libellules dont il semblait se régaler.

L’après-midi s’écoula, avec, vers la fin, un regain d’activité. Les mésanges charbonnières menaient un grand tapage dans les arbres en se souciant peu de ce que pouvaient penser les voisins. Les heures s’étaient attachées aux heures, avec des instants d’éveil curieux, d’autres instants se muaient en voyages d’introspection. Ses petites voix lui murmuraient ce qu’il n’aimait pas admettre, ne voulait pas confronter. Parfois, ses épaules tombantes et ses longs soupirs trahissaient l’impact d’une nouvelle pensée sans fioriture.

C’est vrai, dut-il reconnaître, ces instants de prise de son ne servent que de prétexte, ce n’est que l’habillage d’un vide. Il parlait pourtant, avec ferveur, autour de lui de sa passion, de ces instants privilégiés avec la nature. En réalité, il lui fallait bien admettre que c’était la solitude qu’il recherchait, et que ses instruments ne servaient que de camouflage. Voir et entendre tant de beauté se révélait parfois être une torture, car rien, absolument rien, n’était partagé. Son seul compagnon, qui lui collait à la peau, qui lui pesait tant, prenait la forme d’un vide qui donnait le tournis.

Ce qu’il savait le mieux faire, c’était de faire semblant de vivre, de sourire quand il fallait être poli. Il savait répondre avec humour à tant de propos futiles, tant de coquilles vides. C’est dans la majesté de la nature et de son spectacle pérenne qu’il se regardait, s’analysait avec honnêteté.

Le crépuscule s’annonçait lentement. Des grattements de feuilles sèches, des courses de petites pattes griffues préparaient la venue de la nuit ainsi que la quête de nourriture.

Le marcheur changea de position et détendit ses jambes ankylosées par des heures d’immobilité. Il tendit ses muscles, ressentit un grand soulagement et soupira d’aise. Il ferma les yeux sur une dernière image faite de lumière qui semblait pétiller autour d’un pin à crochets, planté au milieu de l’étang, entouré de hautes herbes.

Le halo d’un blanc vif autour des aiguilles sombres se dégradait en poussière d’or sur le pourtour extérieur. Les ombres avaient pris possession des sous-bois ; encouragées par l’heure, elles se métamorphosèrent en nuit noire. Seul les sommets des sapins et des épicéas se détachaient sur un ciel violine, zébré du vol silencieux de chauves-souris.

Quelle était la part de sommeil ? Est-ce qu’un rêve pouvait avoir une telle force, être si réel ?

Il n’était plus seul. Une forme humaine se tenait à portée de main, assise en amazone sur le tronc.

Non, il ne rêvait pas puisqu’il sentait l’odeur pénétrante de la résine, qu’une légère brise lui soulevait les cheveux. Pourtant, il ne pouvait pas bouger, comme s’il était pris dans un carcan. Ses yeux s’habituèrent à l’obscurité violée par l’éclat vacillant des premières étoiles.

Une jeune femme le regardait, ou plutôt non, de grands yeux verts l’observaient, avec quoi… de l’émotion ? De l’attente ?

Bouleversé par cette présence, ce regard, il resta muet, incapable de formuler un son. A sa grande surprise, teintée d’une frayeur passagère, il entendit, non, il sentit les mots pensés par l’apparition. Tout sembla subitement, alors, sans la moindre transition, normal, comme un vécu quotidien. Les mots allaient et venaient avec simplicité et confiance. Un sentiment fort, venu du fond des âges l’envahit avec l’impétuosité d’un torrent de montagne. Il allait être submergé par une émotion qu’il ne comprenait encore pas, lorsqu’il entendit, entendit vraiment, ces paroles qui transpercèrent le chaos de ses pensées.

-Tu es enfin venu, je t’attendais depuis si longtemps…

Il vit des larmes jaillir des grands yeux verts, tomber dans l’herbe où deux scarabées s’empressèrent de les rouler dans des gouttes de résine ;

Il y avait tant d’amour dans l’ébauche du sourire, tant de tendresse, que le marcheur crut défaillir. Un bonheur immense l’envahissait, le saisissait dans des caresses inouïes de douceur.

Il n’était plus seul. Plus jamais.

  • Moi aussi je t’attendais, je t’espérais, je n’y croyais plus…

Les derniers mots s’adressèrent à la nuit. La place occupée par l’apparition était vide ;

Deux geais bruyants se chamaillèrent les restes d’un orvet. ils étaient si occupés qu’ils ne s’écartèrent pas au passage du marcheur.

Le soleil levant illuminait son sourire. Il reviendrait et resterait pour toujours près de l’étang du Devin.

Il ne ferait plus qu’un avec la petite fée.

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